II]
Effets de la radioactivité sur l'ADN
Toutes
les molécules biologiques peuvent être altérées mais les conséquences qui en
découlent varient selon l'importance de ces molécules. Les molécules d'acide désoxyribonucléique, ou ADN,
sont celles dont la lésion est la plus grave car chacune d'elles a un rôle
spécifique. En effet, chaque cellule "contient" des informations qui lui
permettent, selon un plan préétabli, de se développer et de réagir de façon
appropriée aux incitations extérieures. Le matériel génétique, ou matériel
héréditaire, est constitué de molécules d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui
sont le support de l'information. La lésion des molécules d'ADN constitue le
mécanisme essentiel d'action des rayonnements ionisants.
On peut distinguer deux
sortes d'effets sur l'ADN :

1. Effet
direct
: concerne
la structure de la double-hélice. Le rayonnement est un dépôt d’énergie au
niveau de la chaîne, d’où la cassure. Cette cassure a lieu sur un brin ou sur
les deux ( plus difficilement réparable dans ce dernier cas). Si la cassure se
situe sur les deux brins :
Ø cassures face à face :
rupture homologue
Ø cassures non face à face :
rupture hétérologue
2. Effet
indirect
: dans la
chaîne des réactions, on peut avoir des méthylations au niveau des bases.
Conséquence de ces altérations : erreur de lecture lors de la transcription puis
de la traduction, donc formation d'ARN anormaux et par la suite de protéines
modifiées. On pourra obtenir des protéines dont la fonction sera perturbée. Ceci
peut expliquer la cancérogenèse radio-induite.
Molécule
d'ADN
Radio-induite : se dit des
processus cancéreux survenant après une exposition aux rayonnements
radioactifs.
Exemple: protéine ayant un rôle
dans le contrôle des gènes ou dans le cycle cellulaire:

Les liaisons phosphodiester d'un brin
de la molécule d'ADN peuvent être rompues par les radiations. La double hélice
conserve sa structure d'origine, les segments des brins intacts servant
d'attelles au brin rompu en un point. Si ces ruptures ne sont pas réparées,
elles peuvent aboutir à la mort de la cellule.
Deux liaisons phosphodiester
homologues peuvent être rompues simultanément, cette rupture entraînant une
cassure de la double hélice. Il s'agit là d'une lésion grave produite
principalement par les radiations ionisantes et des agents radiomimétiques tels
que le gaz moutarde et l'ypérite.
noyau azoté
de formule brute C4H4N2.
composé
résultant de la combinaison de deux molécules semblables
Les acides nucléiques sont associés à
des protéines in vivo. L'irradiation par les ultraviolets peut produire des
lésions stables entre les bases de l'ADN et certains acides aminés. De même, des
pontages, différents de la dimérisation, s'établissent entre la cytosine et la
thymine. De telles liaisons empêchent les deux brins d'ADN de se séparer au
moment de la réplication.
Les rayonnements provoquent
des ionisations ou des excitations des molécules aboutissant à la formation de
radicaux libres. Ces effets vont être d’autant plus graves qu’ils se produisent
au niveau du noyau des cellules où se trouvent les molécules d’ADN (modification
de liaisons, cassure de brin…).
Au niveau de la cellule, la
lésion de l'ADN peut provoquer la modification des informations contenues
(mutations), ou bien une perte de viabilité (mort cellulaire).
Les
mutations sont des altérations ou des substitutions dans le matériel génétique.
Elles vont de la simple mutation sans impact évident sur le sujet à la grande et
majeure modification dans les chromosomes qui peuvent même parfois se traduire
par des chromosomes manquants ou de trop.
Les mutations peuvent se
produire naturellement en raison des erreurs occasionnelles dans la réplique
d'ADN pendant la division cellulaire. La réplique n'est pas toujours précise à 100% en copiant les millions
d'unités centrales dans une molécule d'ADN.
Des mutations peuvent également être provoquées par exposition au
rayonnement.
Une cassure unique ou
multiple peut entraîner la perte d'un fragment (délétion), la fixation de ce
fragment sur un autre chromosome (translocation) ; si deux chromosomes échangent
ainsi des fragments, on parle de translocation réciproque. Le fragment
peut aussi se ressouder de façon anormale sur le même chromosome (inversion).
Les deux extrémités d'un chromosome peuvent se "souder" et former un "anneau" ;
des chromosomes peuvent se ressouder de façon plus complexe et former des
chromosomes dicentriques, etc. Grâce aux techniques de coloration des bandes du
chromosome, on peut identifier des altérations fines de la structure d'un
chromosome. L'étude morphologique des chromosomes d'une cellule a un grand
intérêt pratique car le nombre d'anomalies en fonction de la dose permet d'en
apprécier l'importance à partir de valeurs relativement faibles (0,25
Gy)
Les aberrations
chromosomiques peuvent rendre impossible la répartition équilibrée du matériel
génétique entre les deux cellules filles et entraîner ainsi la mort de la
cellule au moment de la division cellulaire ou la non-viabilité des deux
cellules filles.
Des constituants cellulaires autres que 1'ADN
peuvent subir des dommages du fait des rayonnements ionisants, par exemple les
acides gras qui constituent les membranes cellulaires, les protéines telles que
les enzymes qui interviennent à toutes les étapes de la vie cellulaire.
Cependant, si les points d'impact des rayonnements ionisants sont nombreux,
l'effet biologique résulte essentiellement des lésions des molécules
d'ADN.
Représentation schématique de quelques types d'aberrations chromosomiques observées au microscope après irradiation.
Au niveau de la cellule, les effets sont
multiples. Comme on l'a vu, les lésions irréversibles de l'ADN peuvent entraîner
: soit une mutation, c'est-à-dire une modification définitive du patrimoine
héréditaire de la cellule ; soit une perte de viabilité, c'est-à-dire
l'incapacité de se diviser et de donner naissance à des cellules filles
normales, qui peut s'exprimer dès la première division cellulaire ou au cours
des cinq premières divisions : on parlera alors de mort retardée.
La proportion des cellules survivantes, c'est-à-dire ayant gardé la possibilité
de se diviser de nombreuses fois, diminue avec la dose.
En plus de la dose, cette proportion
dépend de la nature du rayonnement et du débit de dose. Elle est aussi
influencée par l'environnement des cellules (par exemple la baisse de la teneur
en oxygène augmente la radiorésistance).
On distingue deux types de rayonnements
ionisants selon la valeur du transfert d'énergie le long des trajectoires.
Ø Pour les rayonnements
particulaires (neutrons, particules
alpha, etc…), le transfert d'énergie est élevé le long des trajectoires des
particules ionisantes. Le passage à travers une région sensible du noyau d'une
seule de ces particules ionisantes suffit à déterminer une lésion irréversible
généralement mortelle.
Ø Avec les rayonnements à
transfert d'énergie linéaire faible (électrons, rayons X ou gamma), le passage
d'une particule ionisante provoque une lésion moins grave qui est réparable. La
capacité de réparation des lésions de l'ADN joue dans ce cas un rôle
fondamental. Une lésion réparable peut devenir irréparable, soit du fait de la
saturation des systèmes enzymatiques de réparation, soit par le passage d'une
seconde particule dans ce même volume, créant une nouvelle lésion dans la
cellule. Ces deux lésions s'additionnent quand la distance entre elles est
suffisamment courte (pour qu'il puisse y avoir interaction) et l'intervalle de
temps suffisamment bref pour que la première lésion n'ait pas eu le temps d'être
réparée au moment où survient la seconde. La modification devient irréversible
si elle n'est pas réparée avant la division cellulaire.